Annonce de la baisse des impôts de transmission en 2027 : réagir et ajuster sa stratégie de transmission

Annonce de la baisse des impôts de transmission en 2027 : réagir et ajuster sa stratégie de transmission
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Annonce de la baisse des impôts de transmission en 2027 : réagir et ajuster sa stratégie de transmission
Nicolas Planard
Avocat fondateur
13.09.2026
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Nicolas Planard
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Avocat fiscaliste, Nicolas accompagne les dirigeants et entrepreneurs dans la structuration et l'optimisation de leur patrimoine professionnel et personnel.
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Un chef d'entreprise de 62 ans qui a construit sa société pendant trente ans, un couple qui détient une résidence secondaire et un portefeuille de valeurs mobilières, un parent qui voudrait aider son enfant à financer un premier achat immobilier : tous se posent la même question, celle du bon moment et de la bonne méthode pour transmettre sans laisser une part excessive au fisc. L'annonce faite par Matignon le 12 septembre d'un plan « transmissions 2027 » a relancé le débat, avec un message simple : la France épargne beaucoup mais transmet trop tard. Reste à savoir ce qui, de ces intentions, franchira réellement l'obstacle du vote budgétaire. Cet article décrypte le contenu exact de l'annonce, mesure sa fragilité juridique, et surtout montre pourquoi une stratégie patrimoniale sérieuse ne doit jamais dépendre d'une réforme non encore votée.

Par Nicolas Planard, Avocat au Barreau de Paris

Ce que le gouvernement a réellement annoncé

Le document transmis à la presse par les services du Premier ministre décrit des mesures présentées comme « temporaires », destinées à figurer dans le prochain projet de loi de finances. L'objectif affiché est de « faire circuler l'argent au moment où il est le plus utile », c'est-à-dire d'inciter les générations plus âgées à donner de leur vivant plutôt que de laisser le patrimoine se transmettre à leur décès. Trois dispositifs se dégagent.

Le relèvement du plafond du don familial de sommes d'argent

La mesure phare consiste à porter de 31 865 à 50 000 euros le plafond du don familial de sommes d'argent exonéré de droits. Ce dispositif existe déjà : il figure à l'article 790 G du Code général des impôts (CGI). Dans sa version actuelle, il permet à une personne de moins de 80 ans de donner jusqu'à 31 865 euros en numéraire à un enfant, un petit-enfant ou un arrière-petit-enfant majeur, en franchise totale de droits, et ce tous les quinze ans.

Ce que propose le gouvernement n'est donc pas la création d'un outil nouveau, mais l'augmentation d'un plafond existant. Le point souvent mal compris tient au cumul : cet abattement spécifique de l'article 790 G se cumule avec l'abattement de droit commun en ligne directe. Autrement dit, un parent peut aujourd'hui transmettre à un enfant majeur 31 865 euros au titre du don familial de sommes d'argent, puis 100 000 euros supplémentaires au titre de l'abattement de l'article 779 du CGI, soit près de 132 000 euros sans droits, par parent et par enfant. Le relèvement à 50 000 euros porterait ce total à 150 000 euros par parent et par enfant.

Le taux unique de 6 % sur les donations en pleine propriété

La deuxième mesure vise le « don classique », c'est-à-dire les donations en pleine propriété au sein du cercle familial. Selon Matignon, la fraction taxable, après application des abattements, bénéficierait temporairement d'un taux unique de 6 %, dans la limite de 100 000 euros par donateur et par bénéficiaire majeur.

Pour saisir l'intérêt de la proposition, il faut se rappeler comment fonctionne le barème actuel. Les droits de mutation à titre gratuit sont fixés par l'article 777 du CGI selon un barème progressif : en ligne directe, la fraction taxable est imposée par tranches allant de 5 % à 45 %. Le taux de 20 % s'applique dès la tranche comprise entre environ 15 900 et 552 000 euros, ce qui signifie qu'une part importante des donations familiales est taxée à ce niveau. En substituant à ce barème un taux forfaitaire de 6 % sur les premiers 100 000 euros taxables, la mesure réduirait fortement la note. Le gouvernement l'illustre lui-même : pour 100 000 euros taxables, les droits passeraient de 18 200 à 6 000 euros.

Fait notable, ce dispositif s'étendrait à la famille élargie, en particulier aux transmissions entre oncle ou tante et neveu ou nièce, qui sont aujourd'hui lourdement taxées (55 % au-delà d'un abattement très faible). L'effet relatif y serait donc considérable.

Le bonus caritatif à 5 %

Enfin, le taux de 6 % serait ramené à 5 % lorsque la donation s'accompagne d'un don simultané à une association d'aide aux plus démunis. L'idée est de coupler transmission intergénérationnelle et solidarité, dans la ligne du régime fiscal favorable dont bénéficient déjà les dons aux organismes d'intérêt général. Le gain marginal (un point de taux) reste modeste, mais l'intention politique est claire.

Pourquoi il faut garder la tête froide : un effet d'annonce à confirmer

Voilà pour le contenu. Dans notre pratique, nous observons chaque année le même phénomène : une annonce fiscale de rentrée suscite un afflux de questions, puis le texte finalement voté ressemble peu à ce qui avait été présenté. Plusieurs raisons imposent la prudence.

D'abord, une annonce de Matignon n'est pas une loi. Ces mesures doivent être inscrites dans un projet de loi de finances, débattues à l'Assemblée nationale et au Sénat, éventuellement passer par une commission mixte paritaire, puis être adoptées, souvent en décembre, avant d'être promulguées et publiées au Journal officiel. À chaque étape, le contenu peut être amendé, restreint, décalé ou supprimé. Dans un contexte budgétaire tendu et sans majorité stable, le risque que le texte final soit très en deçà de l'annonce est réel. La montagne peut accoucher d'une souris.

Ensuite, le caractère « temporaire » du dispositif est explicite. Les mesures fiscales incitatives à durée limitée existent régulièrement en matière de donation : le législateur les crée pour provoquer un effet d'aubaine sur une fenêtre courte, puis les laisse expirer. Une stratégie patrimoniale bâtie sur un avantage temporaire est par nature fragile : elle oblige à agir dans l'urgence, souvent au détriment d'une réflexion d'ensemble.

Enfin, même adoptées, ces mesures ne bouleverseraient pas l'architecture des droits de mutation à titre gratuit. Elles amélioreraient certains paramètres (un plafond, un taux plafonné sur une assiette limitée), mais laisseraient intacts les mécanismes structurants qui font l'essentiel de l'optimisation d'une transmission. C'est précisément sur ces mécanismes qu'il faut concentrer l'analyse.

Le cadre fiscal actuel : le socle qui existe déjà, sans réforme

Avant de spéculer sur ce qui pourrait changer, il est utile de mesurer ce que le droit positif permet dès aujourd'hui. Beaucoup de contribuables sous-utilisent des dispositifs pourtant robustes et anciens.

L'abattement en ligne directe de l'article 779 du CGI s'élève à 100 000 euros par parent et par enfant. Il se reconstitue tous les quinze ans, en application de la règle du rappel fiscal posée par l'article 784 du CGI : les donations consenties depuis moins de quinze ans sont rapportées pour le calcul des droits, mais celles antérieures sont effacées. Un couple avec deux enfants peut donc transmettre, sur ce seul fondement, 400 000 euros en franchise de droits (100 000 euros × 2 parents × 2 enfants), puis à nouveau la même somme quinze ans plus tard.

Le don familial de sommes d'argent de l'article 790 G, déjà évoqué, s'ajoute à cet abattement et bénéficie du même rythme de renouvellement quinquennal, pardon, quindécennal. Pour les petits-enfants, un abattement propre de 31 865 euros existe également (article 790 B du CGI), tout comme un abattement spécifique en faveur des personnes handicapées.

Le barème progressif de l'article 777 du CGI reste, lui, le paramètre déterminant au-delà des abattements. C'est parce qu'il grimpe vite (20 % dès une assiette modeste, 30 % au-delà de 552 000 euros, 45 % au sommet) que l'anticipation compte : fractionner les transmissions dans le temps permet de faire jouer plusieurs fois les abattements et de rester dans les tranches basses du barème.

Les outils structurants qui ne dépendent d'aucune réforme

C'est ici que se joue l'essentiel. Les leviers les plus puissants de la transmission ne sont pas des taux ou des plafonds susceptibles de bouger au gré des budgets : ce sont des techniques juridiques et fiscales éprouvées, qui produisent leurs effets quelle que soit l'issue du plan « transmissions 2027 ».

Le démembrement de propriété

Donner la nue-propriété d'un bien tout en conservant l'usufruit est l'un des mécanismes les plus efficaces. Les droits de donation se calculent alors uniquement sur la valeur de la nue-propriété, déterminée selon le barème de l'article 669 du CGI en fonction de l'âge de l'usufruitier. Plus le donateur est jeune, plus la valeur transmise (et donc taxée) est faible. Surtout, au décès de l'usufruitier, le nu-propriétaire récupère la pleine propriété sans droits supplémentaires, en application de l'article 1133 du CGI. Le parent conserve ainsi la jouissance ou les revenus du bien de son vivant, tout en ayant transmis à moindre coût.

La donation-partage

La donation-partage permet de répartir de son vivant les biens entre les héritiers présomptifs, avec un avantage civil déterminant : les biens donnés sont, en principe, évalués au jour de la donation-partage et non au jour du décès. Cela fige les valeurs et prévient les conflits ultérieurs sur les rapports successoraux. Pour un chef d'entreprise dont les parts prennent de la valeur, l'intérêt est double : sécuriser la répartition et éviter que la plus-value future ne réintègre l'assiette successorale.

Le pacte Dutreil pour la transmission d'entreprise

Pour la transmission d'une société opérationnelle ou d'une entreprise individuelle, le pacte Dutreil de l'article 787 B du CGI constitue le dispositif central. Il permet, sous conditions d'engagement collectif puis individuel de conservation des titres et d'exercice d'une fonction de direction, une exonération de 75 % de la valeur des titres transmis. En le combinant avec une donation en démembrement et avec la réduction de droits prévue pour les donations en pleine propriété consenties avant 70 ans, l'assiette taxable d'une transmission d'entreprise peut être réduite dans des proportions considérables. Aucun plan budgétaire annuel n'atteint une telle efficacité.

L'assurance-vie et la holding patrimoniale

L'assurance-vie conserve un régime successoral spécifique, largement hors barème des droits de mutation dans les limites fixées par les articles 990 I et 757 B du CGI, selon l'âge du souscripteur au moment des versements. La constitution d'une holding, quant à elle, permet d'organiser la détention, de préparer une transmission progressive des titres et d'articuler la gouvernance familiale. Ces architectures se construisent sur plusieurs années : elles récompensent l'anticipation, pas la précipitation.

Comment articuler l'annonce avec une stratégie déjà en place

La bonne posture n'est ni d'ignorer l'annonce, ni de suspendre toute décision en l'attendant. Elle consiste à préparer les opérations de fond dès maintenant, puis à saisir opportunément le bonus temporaire s'il est finalement voté.

Prenons le cas d'un parent qui envisage d'aider son enfant majeur à financer l'apport d'un achat immobilier. Rien n'interdit de mobiliser dès aujourd'hui l'abattement de 100 000 euros de l'article 779 et le don familial de sommes d'argent de 31 865 euros de l'article 790 G. Si le plafond passe effectivement à 50 000 euros et que le taux de 6 % entre en vigueur, une seconde donation pourra être calibrée pour capter l'avantage. L'erreur serait de bloquer le projet immobilier de l'enfant pendant plusieurs mois pour économiser quelques milliers d'euros hypothétiques.

Autre illustration : un dirigeant de 63 ans qui prépare la transmission de sa société à ses enfants. Sa priorité n'est pas le taux de 6 % sur 100 000 euros, mais la mise en place d'un pacte Dutreil, d'une donation en démembrement et, le cas échéant, d'une holding de reprise. Ces opérations demandent plusieurs mois de préparation (audit, engagement collectif de conservation, valorisation, rédaction des actes). L'annonce gouvernementale ne change rien à ce chantier ; elle pourra tout au plus offrir un supplément d'optimisation sur la fraction résiduelle taxable.

Enfin, pour une transmission vers un neveu ou une nièce, la mesure annoncée serait, si elle voit le jour, particulièrement favorable compte tenu de la taxation actuelle à 55 %. Dans ce cas de figure, il peut être rationnel de préparer l'acte et de le tenir prêt, de manière à le signer rapidement si le taux réduit est confirmé, sans pour autant renoncer aux autres leviers (démembrement, échelonnement) qui restent utiles indépendamment de la réforme.

Ce que révèle cette annonce sur la logique fiscale française

Au-delà des chiffres, le plan « transmissions 2027 » traduit une orientation constante de la politique fiscale : encourager la transmission anticipée du vivant plutôt qu'à la succession. Cette logique irrigue déjà le droit positif, du renouvellement des abattements tous les quinze ans à la réduction de droits pour les donations consenties tôt, en passant par le pacte Dutreil. Le message adressé aux détenteurs de patrimoine est clair et ne date pas d'aujourd'hui : celui qui organise sa transmission de son vivant, par étapes, en utilisant les dispositifs existants, sera toujours mieux traité que celui qui laisse jouer la succession par défaut.

C'est aussi pourquoi il ne faut pas surinterpréter une annonce ponctuelle. La direction de fond est stable depuis des années ; ce sont les paramètres de détail qui varient d'un budget à l'autre. Bâtir sa stratégie sur les invariants, et non sur les variables, est la seule approche prudente.

Conclusion : anticiper plutôt que subir le calendrier budgétaire

Mon parti pris est net : le plan « transmissions 2027 » mérite l'attention, pas la fébrilité. S'il est voté en l'état, il offrira des marges d'optimisation appréciables, en particulier pour la famille élargie et pour les donations en numéraire. Mais il peut aussi être fortement raboté, décalé, ou réduit à un dispositif temporaire d'aubaine. Suspendre ses décisions patrimoniales dans l'attente d'un texte incertain reviendrait à laisser le calendrier parlementaire dicter des choix qui engagent une vie.

La démarche saine consiste à structurer son patrimoine dès maintenant, avec les outils robustes que le droit offre déjà : abattements renouvelables, démembrement de propriété, donation-partage, pacte Dutreil, assurance-vie. Une fois ce socle en place, l'éventuel bonus fiscal de 2027 se cueille sans effort, comme un supplément, jamais comme un fondement.

Concrètement, avant toute opération, faites établir un état des lieux complet de votre patrimoine et de vos objectifs de transmission, puis identifiez les donations qui gagnent à être réalisées sans attendre et celles qui peuvent utilement être calibrées pour capter un avantage temporaire s'il se confirme. C'est cette articulation entre le socle pérenne et l'opportunité conjoncturelle qui distingue une transmission maîtrisée d'une transmission subie.

Questions fréquentes

Le relèvement du don familial à 50 000 euros est-il déjà applicable ?

Non. Au stade de l'annonce du 12 septembre, il s'agit d'une intention gouvernementale destinée à être inscrite dans un projet de loi de finances. Tant que le texte n'est pas voté par le Parlement et publié au Journal officiel, le plafond de l'article 790 G du CGI reste fixé à 31 865 euros. Il est prudent de ne pas fonder une décision définitive sur cette annonce avant sa confirmation législative.

Peut-on cumuler le don familial de sommes d'argent avec l'abattement de 100 000 euros ?

Oui. Le don familial de sommes d'argent de l'article 790 G se cumule avec l'abattement en ligne directe de 100 000 euros prévu à l'article 779 du CGI. Un parent peut donc transmettre aujourd'hui à un enfant majeur environ 131 865 euros sans droits, chaque parent bénéficiant de ses propres abattements. Les deux dispositifs se renouvellent tous les quinze ans en application de l'article 784 du CGI.

Tous les quinze ans ou tous les dix ans pour renouveler les abattements ?

Le délai est de quinze ans depuis la réforme de 2012. L'article 784 du CGI prévoit que seules les donations consenties depuis moins de quinze ans sont rapportées pour le calcul des droits ; au-delà, l'antériorité est effacée et les abattements se reconstituent intégralement. C'est ce délai qui rend l'anticipation et l'échelonnement des donations si efficaces.

Le taux de 6 % annoncé remplacerait-il tout le barème des droits de donation ?

Non. Selon l'annonce, ce taux forfaitaire de 6 % s'appliquerait à la fraction taxable après abattements, dans une limite de 100 000 euros par donateur et par bénéficiaire majeur. Au-delà de cette limite, le barème progressif de l'article 777 du CGI, qui va de 5 % à 45 % en ligne directe, continuerait de s'appliquer. Le dispositif serait par ailleurs présenté comme temporaire.

Faut-il attendre la réforme pour organiser la transmission d'une entreprise ?

Non, au contraire. La transmission d'une société relève avant tout du pacte Dutreil de l'article 787 B du CGI, qui permet une exonération de 75 % de la valeur des titres sous conditions de conservation et de direction. Ce dispositif est indépendant du plan annoncé et demande plusieurs mois de préparation. Attendre une réforme incertaine reviendrait à retarder inutilement un chantier structurant.

La mesure concerne-t-elle les transmissions entre oncle ou tante et neveu ou nièce ?

Oui, c'est l'un de ses aspects les plus notables. Le taux réduit de 6 % s'appliquerait, selon l'annonce, à la famille élargie, notamment aux donations entre oncle ou tante et neveu ou nièce. Ces transmissions étant aujourd'hui taxées à 55 % au-delà d'un abattement très faible, l'effet relatif y serait particulièrement important si la mesure était adoptée.

Que se passe-t-il si la mesure n'est finalement pas votée en décembre ?

Le cadre actuel continuerait simplement de s'appliquer : abattements de l'article 779, don familial de l'article 790 G à 31 865 euros et barème de l'article 777. C'est précisément pourquoi une stratégie patrimoniale ne doit pas dépendre d'une annonce non confirmée. En construisant sur les dispositifs existants et sur les techniques de démembrement et de donation-partage, vous restez efficace quelle que soit l'issue du débat budgétaire.

Votre fiscalité mérite mieux qu'un copier-coller.

Chaque étape de la vie de votre entreprise est un fait générateur d'imposition, ou l'occasion d'anticiper le prochain.